L’envers de la crise en Guadeloupe
- Audrey

- 20 févr. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 mars 2022

KARUKERA se rebelle encore contre la mère patrie ? Sincèrement, la question se pose lè ou byen gadé kay ka fèt jodijou. Depuis plusieurs mois, une partie de la population locale se radicalise contre l’État. Certains élus locaux de la majorité critiquent même ouvertement les décisions du Gouvernement et l’île aux belles eaux est citée dans les médias comme un exemple de militantisme contre le système français. La mobilisation généralisée prend plusieurs formes, poussée par différentes problématiques sociétales oppressantes.
Et, ayen poko bout davwa léta pa ka sédé ! La situation est actuellement au point mort, les tentatives de négociation ont échoué, ce qui contraint les acteurs de la lutte à s’organiser pour tenir bon le temps qu’il faudra.
Justement, je te propose un blabla sur la double face de cette crise.
« An grèv kon piki fosé ! »
Je te fais un petit rappel des faits au cas où tu ne saurais pas trop ce qu’il se passe…
L’île n’en est pas à sa première mobilisation contre les décisions gouvernementales (en mai 67,en 2009), cela fait partie de ses komès é labitid. Cette fois-ci, le combat prend une tournure particulière car il a été initié par des fonctionnaires, personnel d’État donc, œuvrant dans le domaine médical et paramédical. Ceux-ci s’élèvent fermement contre une décision de santé publique (rien que ça!).
Le fait est qu’il s’agit de professionnels dévoués (enfin, la plupart) à leurs valeurs éthiques et plutôt carriéristes. Ils ont décidé de faire passer en priorité leur idéologie personnelle et sont devenus du jour au lendemain militants radicaux. Leur profil est d'autant plus surprenant car ces médecins, infirmiers, pompiers, aide-soignants, etc. sont résilients en général au regard de leur condition de travail ! Ils ont beaucoup de patience (même twop parfois vu le nombre de burn out dans ce milieu) et sont peu friands des reconversions professionnelles.
D’ailleurs, on entend souvent dire que ce sont des métiers de passion et que prendre soin des autres est très valorisant. Le vase a débordé suite à la dernière goutte d’eau, l’obligation vaccinale imposée par la loi relative à la gestion de la crise sanitaire, promulguée le 6 août 2021 au Journal officiel, à la suite des annonces du président de la République du 12 juillet 2021. Un décret paru le 8 août 2021 précise certaines modalités, notamment la fameuse vaccination obligatoire des soignants sauf contre-indication médicale.
Cette mesure appliquée pour la gestion de crise sanitaire est considérée par les « rebelles » comme liberticide : YO VLÉ PA SA. Ils exigent son abrogation sur le territoire et ça fait 4 mois que ça dure. Ce climat devrait perdurer pour une durée indéfinie eut égard à la réponse catégorique du gouvernement.
Ce qui rend l’affaire encore plus compliquée est la suspension de salaire des personnes qui refusent de se faire vacciner. Face à ce chantage monétaire et l’émotion forte associée, une chaîne d’actions solidaires s’est déclenchée.
Lyannaj kont pwofitasyon

C’est en voyant circuler une publication qui annonçait le lancement d’une cagnotte solidaire en ligne pour les membres du personnel suspendus, que je me suis intéressée à l’organisation sous-marine de la lutte. Sachant que forcément, n’ayant plus de revenus, ces salariés peuvent difficilement régler leurs charges mensuelles et subvenir aux besoins de leur entourage proche, yo paka soukré pon pyé mango alors je me suis demandée comment ils faisaient pour survivre.
Eh bien, ils y arrivent grâce à des « satellites », bienfaiteurs sensibles à leur démarche militante, qui décident de poté mannèv en menant des actions bienveillantes en soutien à la cause. Différentes campagnes (dons alimentaires, dons financiers en ligne ou pas, dons de tous produits…) toujours d'actualité ont été lancées, faisant appel à la générosité de l’ensemble de la population. Je pensais que c’étaient des actions coordonnées par les meneurs syndicaux (UGTG ou ja konèt) et qu’il y avait un comité de pilotage qui gérait tout ça, mais en fait pas du tout !

Samantha, infirmière libérale à l'initiative d'une campagne de dons de produits d'hygiène pour les femme suspendues, me l'a confirmé : ces initiatives étaient d’ordre personnel ou collectif mais surtout, totalement en roue libre !
Tu veux faire comme Samantha et Anaïs, tu constates un besoin, tu veux aider la cause et passer à l’action ? Alors, fais ce que tu veux tant que ça apporte du positif bien sûr !
La population est de surcroît très réceptive aux propositions vu le fort taux de participation constaté (moun ka ba plis kè sa yo mandé !). La solidarité existe belle et bien, pas de doute à avoir.
Les gwada ansanm ansanm
Les campagnes de dons permettent de donner de l’ampleur à l’action solidaire, c’est indéniable ! Cependant, je tiens à souligner le fait que beaucoup fassent des dons spontanés et n’attendent pas qu’on les appelle pour leur venir en aide. La communauté de personnels soignants est impressionnante ici, d’ailleurs on se le disait avec Samantha, on connaît tous quelqu’un qui travaille dans ce domaine, non ?! C’est sûrement pour cela qu’il y a autant d’émotions ressenties dans cette crise… Elle nous concerne TOUS !
Après, comme on le sait, tout le monde ne valide pas la décision radicale de l’individu suspendu. Elle peut être associée à un caprice ou encore à une attitude irresponsable ce qui ajoute une couche de pression. J’ai d’ailleurs fait la remarque à l'infirmière, qu’il manquait l’accompagnement mental dans cette gestion de crise. Une cellule psychologique ou des ateliers de thérapie collective ne serait pas de trop pour tout le personnel soignant exerçant de nos jours, suspendus ou pas. L’opposition à l’obligation vaccinale pèse tout de même lourd sur leurs épaules qui étaient déjà en souffrance (fermeture de lits, postes non remplacés, pression mentale intense, etc.).

Les premières initiatives ne sont que le début d’une longue chaîne de solidarité.
Quelque soit ton opinion, à l’occasion, je te recommande de passer sur les piquets de grève, devant les établissements de santé ou les points de collectes de dons afin de prendre par toi-même le pouls vibrant de la situation.
Il n’y a aucune obligation de participation, uniquement des actions libres.
On se retrouve très vite adan on dòt blabla !





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